Démarche andragogique


L’un des mandats reçus lors de mon passage au Centre de ressources de l’École des langues des Forces canadiennes fut de créer et d’animer des activités de communication à l’intention des militaires anglophones. À ces activités se greffaient des techniques d’auto-apprentissage afin d’habiliter les apprenants à maintenir l’acquis et à poursuivre le renforcement de la langue-cible une fois le cours de français terminé.

La première technique d’auto-apprentissage présentée à l’arrivée de nouveaux groupes portait sur les congénères. Je défiais chacun d’apprendre environ 14,000 mots de français pendant la période que durait l’activité, soit une heure! J’en rajoutais en leur promettant des indices sur la détermination du genre de milliers de noms français, un écueil pour les anglophones.

Seuls ou en dyades, les apprenants feuilletaient, lisaient les quotidiens, les magazines et les revues en français disponibles au Centre de ressources. Leur tâche : noter les congénères, les mots français semblables aux mots anglais, repérés dans les manchettes, les titres d’articles, dans les articles eux-mêmes ou les annonces publicitaires. Cette partie de l’activité s’étendait sur seulement dix minutes. Pour la majorité, il s’agissait là d’un premier contact avec des publications en français, plus tard sources d’auto-apprentissage.

De retour à la salle d’activité, je demandais aux participants le nombre de mots français reconnus : selon les individus et la force des groupes, les réponses variaient d’une dizaine à une cinquantaine de mots français semblables ou similaires à ceux de la langue anglaise. On passait ensuite à la mise en commun de ces trouvailles, prononcées évidemment à l’anglaise, mais que je reprenais avec la prononciation juste en les écrivant au tableau : phonétique différente, même orthographe. Petit à petit, les participants prenaient conscience de la grande parenté entre l’anglais, le connu, et le français, la langue-cible; ainsi se désamorçait leur appréhension face à l’apprentissage du français au fur et à mesure que les mots s’étalaient au tableau : le rapprochement entre ces noms en -ation ou encore entre ces autres en -ace, sans oublier les adjectifs en -able, valait pour des dizaines de terminaisons, donc pour des centaines et des milliers de mots.

Quant au genre des noms, je sensibilisais les participants aux indices donnés par les terminaisons : les noms en -ation sont féminins, sauf 3 sur les 1393 recensés à l’aide du Petit Larousse 2000 en format CD-ROM, comme les 1340 noms en -aje sur 1355 qui sont masculins.

Devrais-je ajouter que, parmi ces vrais débutants, certains repéraient les idées maîtresses d’un article grâce aux congénères! Interrogés sur le contenu, ils savaient en énoncer les grandes lignes, à la leçon 0!

Lorsque mon emploi du temps me l’a permis, j’ai systématiquement dressé une liste des terminaisons semblables ou similaires et regroupé des noms, des adjectifs, des adverbes français et anglais sous chacune d’elles. J’ai aussi ajouté des observations sur le genre des noms et la formation des adjectifs.

Puis, me vint l’idée d’effectuer le même travail pour le français et l’espagnol. Mon intuition ne m’a pas trompé. Les liens vérifiés entre l’anglais et le français se confirmaient aussi dans le cas de l’espagnol. Aux noms français et anglais en -ation correspondent les noms espagnols en -ación; aux adjectifs français et anglais en -able, les adjectifs espagnols en -able. Surprenant aussi ce rapprochement au niveau du genre des noms français et espagnols : les noms français en -ance et les noms espagnols en -ancia sont féminins; les noms français en -isme sont masculins tout comme les noms espagnols en -ismo!

Une fois que vous aurez consulté l’ouvrage, j’aimerais recevoir vos commentaires et vos suggestions.